La sobriété, premier gisement de compétitivité pour le tertiaire

Face à la hausse structurelle des prix de l’énergie — +20 à 30 % sur l’électricité depuis 2022, et au renforcement des exigences du Décret Tertiaire, les responsables énergie et facilities managers sont confrontés à un impératif : réduire les consommations sans compromettre l’activité ni le confort des équipes. La bonne nouvelle ? Un potentiel d’économies de 10 à 20 % existe dans la quasi-totalité des bâtiments tertiaires, accessible sans investissement lourd et en quelques semaines.

Contrairement aux idées reçues, la sobriété énergétique n’est pas synonyme d’austérité. Elle repose sur une hiérarchie claire : supprimer les consommations inutiles d’abord, optimiser les usages ensuite, investir dans les équipements enfin. Pour les directions, l’enjeu est d’identifier les actions à fort impact déployables sans perturber les opérations. C’est exactement l’objet de ce guide.

Le socle de départ : diagnostic et gouvernance énergie

Avant toute action, deux prérequis conditionnent le succès de votre démarche. L’audit énergétique tertiaire constitue le point de départ indispensable : il cartographie les usages du site, identifie les postes consommateurs dominants (chauffage, éclairage, bureautique, CVC), hiérarchise les leviers selon leur retour sur investissement et établit la baseline de consommation nécessaire aux obligations OPERAT.

La gouvernance énergie structure ensuite la démarche dans la durée : désignation d’un pilote énergie, reporting mensuel, suivi de l’indicateur kWh/m², plan d’actions priorisé. Sans cette gouvernance, même les meilleures initiatives peinent à produire des résultats durables. Ces deux briques posées, les leviers suivants peuvent être activés avec un impact immédiat.

Levier 1 – Passer les consignes de chauffage à 19°C

C’est la mesure la plus simple, la plus rapide et la plus efficace. Chaque degré de chauffage en moins représente 5 à 7 % d’économies sur la facture de chauffage. En abaissant la consigne de 21°C à 19°C, la norme réglementaire recommandée par le Plan de Sobriété Énergétique, un bâtiment de bureaux de 1 000 m² peut économiser entre 3 000 et 6 000 € par an sans aucun investissement.

Le confort est préservé avec une tenue vestimentaire adaptée. L’adhésion des équipes est déterminante : il faut communiquer en amont sur la démarche, expliquer les économies en euros et en CO₂, et s’assurer que l’isolation du bâtiment ne génère pas d’inconfort radiatif. Dans les bâtiments bien isolés, 19°C est une température parfaitement agréable pour une journée de travail.

Levier 2 – Éradiquer les consommations en veille

Les équipements en mode veille: ordinateurs, écrans, imprimantes, machines à café, écrans d’affichage, représentent 5 à 20 % de la consommation électrique d’un plateau de bureaux. Une procédure d’extinction systématique en fin de journée, couplée à des multiprises à coupure automatique, supprime cette dépense sans aucun impact sur l’activité.

L’inventaire des équipements en veille constitue souvent une surprise pour les responsables : un seul serveur de salle de réunion non éteint le week-end peut représenter 200 à 400 € de consommation inutile par an. Multipliez ce chiffre par le nombre d’équipements et d’étages, et le potentiel devient très substantiel.

Levier 3 – Programmer finement les plages CVC

Dans la majorité des bâtiments tertiaires, le chauffage, la ventilation et la climatisation fonctionnent aux mêmes plages horaires depuis leur mise en service, souvent sans tenir compte des évolutions d’occupation, du télétravail ou des jours fériés. Adapter la programmation à la réalité des présences — en abaissant les consignes la nuit, les week-ends et les congés, génère 10 à 15 % d’économies sur le poste CVC.

La plupart des GTB existantes permettent cette reprogrammation sans aucun surcoût matériel. Il suffit d’un technicien une demi-journée. Si votre bâtiment ne dispose pas de GTB, des programmateurs horaires autonomes à partir de 150 € par zone produisent des résultats équivalents.

Levier 4 – Installer des détecteurs de présence sur l’éclairage

Les couloirs, sanitaires, salles de réunion et espaces communs sont éclairés en permanence dans la plupart des bâtiments tertiaires, quelle que soit leur occupation réelle. L’installation de détecteurs de présence infrarouge sur ces zones génère 5 à 8 % d’économies sur la facture d’éclairage, avec un retour sur investissement de 2 à 4 mois pour un coût de 30 à 80 € par détecteur.

En complément, la maximisation de la lumière naturelle, en repositionnant les postes de travail près des fenêtres, amplifie les gains sans aucun investissement supplémentaire.

Levier 5 – Calorifuger les tuyauteries et réseaux de chaleur

Des conduites de chauffage non isolées perdent 20 à 30 % de leur énergie avant même d’atteindre les émetteurs. Le calorifugeage : isolation des tuyaux, des vannes et des manchons — est souvent réalisable en une journée et représente l’un des meilleurs ROI de l’efficacité énergétique tertiaire : un réseau de 50 mètres traité pour 1 000 à 3 000 € génère 2 000 à 5 000 € d’économies annuelles.

Dans de nombreux bâtiments construits avant les années 2000, une partie significative des conduites est encore nue en chaufferie ou en gaine technique. Un simple passage visuel de diagnostic suffit à identifier ces zones et à prioriser les interventions.

Levier 6 – Équilibrer le réseau hydraulique de chauffage

Un réseau hydraulique déséquilibré est l’une des causes les plus fréquentes de surchauffe dans certaines zones, et de sous-chauffe dans d’autres. Résultat : les occupants des zones chaudes ouvrent les fenêtres en hiver, annulant une partie du chauffage produit. Le réglage des vannes d’équilibrage, pour un coût de 500 à 1 500 €, génère 10 à 15 % d’économies sur le poste chauffage et améliore significativement le confort thermique de tous les occupants.

Levier 7 – Passer à l’éclairage LED avec gradation

Le relamping LED réduit la consommation d’éclairage de 60 à 75 %. Couplé à des capteurs de luminosité pour adapter l’intensité à l’apport de lumière naturelle, l’économie peut atteindre 80 %. Pour un plateau de 300 m², l’investissement de 2 000 à 3 500 € est amorti en 4 à 6 mois. Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) peuvent couvrir 20 à 40 % du coût des travaux, améliorant encore le retour sur investissement.

Levier 8 – Optimiser la gestion de l’eau chaude sanitaire

La production d’eau chaude sanitaire fonctionne souvent 24h/24, 7j/7, même pendant les périodes inoccupées. Adapter les plages de chauffe aux horaires réels de présence — en coupant la nuit, les week-ends et les congés : génère 3 à 7 % d’économies sur le poste gaz ou électricité dédié à l’ECS. La mise en place d’un programmateur horaire sur le ballon est une opération de quelques dizaines de minutes.

Levier 9 – Engager les équipes dans la culture sobriété

Les gains techniques restent fragiles sans l’adhésion des collaborateurs. Des études menées sur des entreprises françaises montrent que les plans de sobriété avec une forte implication des équipes génèrent en moyenne 15 % d’économies supplémentaires par rapport aux plans purement techniques. Ateliers de sensibilisation d’une heure, affichage des compteurs en temps réel, challenges trimestriels avec objectif collectif, désignation d’un référent énergie par service : ces leviers comportementaux sont rapides à mettre en place et durables dans leurs effets.

La transparence sur les résultats est déterminante. Partager chaque mois les économies réalisées, en kWh et en euros, crée un effet de responsabilisation qui entretient les bons comportements bien au-delà de la phase de lancement.

 

On a reprogrammé le chauffage sur les plages d’occupation réelles, distribué des multiprises coupe-veille et lancé un challenge interne « bureau zéro veille ». En trois mois, on avait économisé 11 % sur notre facture, soit près de 8 000 €. Zéro investissement, juste de l’organisation. »

— Responsable Facilities, groupe de services de 420 collaborateurs, Lyon

Levier 10 – Piloter par la donnée et mesurer les résultats

Ce qui ne se mesure pas ne s’améliore pas. L’installation de sous-compteurs par usage : éclairage, CVC, bureautique, ECS permet de détecter les dérives en temps réel et d’objectiver les gains de chaque action. Les logiciels de management de l’énergie facilitent le suivi des indicateurs clés (kWh/m², €/m², pourcentage de réduction vs baseline) et alimentent les obligations déclaratives sur la plateforme OPERAT.

Un audit annuel permet de recaler les baselines, d’identifier de nouveaux gisements et de préparer les étapes suivantes de la trajectoire de décarbonation. Sans ce suivi rigoureux, les économies réalisées tendent à se dégrader progressivement au fil des saisons et des changements d’équipes.

Vous souhaitez identifier vos gisements d’économies prioritaires ? Nos experts Cimalia réalisent un diagnostic gratuit de votre bâtiment et vous remettent un plan d’actions chiffré avec ROI estimé pour chaque levier.

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Conclusion : une approche progressive et immédiatement rentable

La réduction des coûts énergétiques tertiaires repose sur une approche méthodique et multi-leviers. Les premiers gains apparaissent dès les premières semaines via les mesures comportementales et les réglages, sans aucun investissement. Les actions techniques à faible coût s’enchaînent ensuite, financées en partie par les économies déjà réalisées.

Dans tous les secteurs tertiaires, de l’immobilier de bureaux à l’hôtellerie en passant par la santé et l’enseignement, des entreprises ont démontré qu’il était possible de réduire de 15 à 20 % leurs factures énergétiques en moins de six mois en combinant sobriété comportementale, efficacité technique légère et pilotage par la donnée. La sobriété énergétique n’est plus une option : c’est le premier levier de compétitivité accessible à toutes les organisations, quelle que soit leur taille.